Louisa va à une exposition

Louisa est assez riche pour ne pas avoir à se soucier du plafond de sa carte platinum ou du

contenu de son porte-monnaie. Elle chérit sa liberté de dépenser son argent au fil de ses besoins et envies. Evidemment les tentations ne manquent pas et elle se rend justement au vernissage d’une amie artiste peintre.

« Hâte de découvrir cette nouvelle série de toiles sur le thème de la mer! »Vibre t’elle! Elle en trouvera sûrement une qui attend sa place dans sa villa.

Perdue dans ses pensées, ses pieds lui rappellent douloureusement qu’elle marche sur des talons de 10cm depuis le matin. Quelle idée! Penser à réserver les talons aiguille pour l’exception! Au diable les convenances elle n’arrivera pas à l’événement en claudiquant!

Un muret borde sa route. Elle s’y assoit pour retirer ses escarpins dorés et reprend son chemin,

pieds libérés et soulagés mais la voilà obligée de remonter son large pantalon devenu trop long sans les talons.

Le sol empierré est légèrement sableux, elle apprécie cette sensation de léger massage à chaque pas qui la rapproche de sa destination. Une légère brise iodée fait virevolter ses boucles blondes. Le son des vagues qui s’échouent sur la plage derrière le muret cadence le rythme de ses enjambées. C’est une journée comme elle aime : sans couac et sans souci.

Louisa arrive enfin au showroom qui accueille l’exposition, sandales dans les mains qui pincent et relèvent son pantalon telle une princesse sa robe de bal provoquant les regards curieux sur qui

assume cette dégaine altière et déchaussée. Elle se moque des cancans, elle les adore même et fonce sur son amie, Diana qu’elle découvre en pleine explication d’un tableau d’où jaillit un bateau à voile argenté. Son amie est entourée d’un grand homme au chapeau rond et d’un plus petit qui disparaît presque derrière son écharpe enroulée jusqu’à la pointe de ses oreilles. .

La voyant ainsi occupée, Louisa jette un coup d’œil à sa droite apercevant des poissons et des

coraux colorés dans une mer bleutée, sur sa gauche, un enfant assis face à l’eau. Elle s’attarde un peu sur ce garçon et plonge son regard dans l’horizon marin qu’il contemple.

Elle s’approche de la pancarte affichée près du tableau et lit le titre : « face a la mer ». Un texte suit signé d’un nom qui lui dit quelque chose :

« Petit enfant regarde grand,

De dos, assis dans sa salopette marinière face à l’horizon bleu marin,

L’infini de l’eau ses mystères et son vivant

Emplissent les rêves des bambins innocents. Izïa».

A peine a-t-elle terminé sa lecture qu’une main se pose sur son épaule. Louisa se tourne et rencontre le regard espiègle de son amie qui prononce immédiatement : « Tu aimes ? »,

« oui, beaucoup, tes tableaux sont toujours rayonnants, percutants mais tout en douceur. Je n’ai pas encore tout vu mais de loin, j’aperçois celui avec le reflet de lune sur la mer, superbe, je l’imagine bien dans ma bibliothèque »

«oh, merci, ma Louisa Les gens ont l’air d’aimer, je suis ravie »

« J’étais sûre que tu ferais sensation avec ton expo et alors dans cette robe tu es incroyable! Diana, flattée par le compliment fait un tour sur elle même, amusée, explosant le glamour rendu par sa robe plissée dans un satin cuivré dévoilant ses épaules délicates et un décolleté aussi immersif que ses toiles .

« Tu as lu les petits textes écrits par mon amie Izïa ? »

« oui c'est joli ça rajoute une note poétique à ta peinture déjà si sensible. Elle est ici? »

« non elle est un peu sauvage elle sort rarement de chez elle. Heureusement elle écrit, ça la

sauve de son isolement »

« elle a une fan on dirait, regarde la femme avec la robe rouge et son chien miniature, elle prend en

photo chaque texte, c’est vrai qu’elle a une plume intéressante ta Izïa »« oui c’est vraiment chouette cette collaboration et je lui souhaite qu’elle soit lu par un plus large public, moi je me régale à la lire en tout cas ! Je te laisse un instant, je vais saluer l’ambassadeur du rocher Refeo. »

Diana s’éloigne dans un pas presque dansé. Chaloupé. Louisa retourne dans son exploration

maritime.

Un cri retentit soudain semblant venir de l’extérieur. Un mouvement de panique ébranle la salle, les invités commencent à s’agiter dans tous les sens. Bousculade, brouhaha, Louisa observe la pièce en long et en large pour ne pas céder à l’affolement et trouver une issue qui la mettra à l’abri d’un danger qui lui est invisible.

Elle glisse le long d’un mur et rejoint une porte qui mène à un corridor desservant d’autres pièces.

Au bout une porte vitrée. Elle court vers cette sortie qu’elle espère ouverte suivi par un jeune

homme qui lui crie de se presser. Elle pousse la porte et sort vers les dunes. Nus pieds. Elle n’a pas le temps de souffler que l’homme lui saisit la main et l’entraîne vers la forêt de pins dont les aiguilles tombées à terre la piquent mais elle ne sent rien, l’adrénaline a d’autres chat à fouetter.

Ils courent silencieusement. Louisa se sent en sécurité même si elle ne connaît rien de ce

partenaire de course improvisée. Après tout il était invité comme elle au vernissage, c’est un gage

de confiance se persuade t’elle.. Une fois dépassés plusieurs rangs d’arbres centenaires, l’homme dérape et se couche derrière une souche imposante emportant Louisa dans sa glissade maîtrisée et amortie par ses formes généreuses.

Les voilà allongés l’un contre l’autre. Essoufflés leurs regards se croisent. Au loin retentissent les

sirènes du phare.

« Mais que s’est-il passé ? » chuchote Louisa

« Je ne sais pas précisément, j’ai vu les gens effrayés et j’ai eu le même réflexe que vous, fuir par cette porte »

« L’alarme est sonnée pour un danger mais on ne sait pas d’où il vient » s’inquiète Louisa

« Mieux vaut rester cacher pour le moment restons vigilants »

Louisa acquiesce convaincue d’être en sécurisante compagnie.

Il faut dire que le pays traverse des jours compliqués. En une année se sont succédés 2 gouverneurs et 5 administrations. Les élus du peuple se bastonnent régulièrement à coup de cane, accessoire indispensable pour voter les lois et objet détourné pour désormais tricher et tabasser tout adversaire.

La vie politique bat ainsi de dissensions en dissensus pendant que la population du pays vaque à ses occupations. Tant que les banques assure la délivrance de la monnaie pour les échanges, tout le monde s’en tamponne le coquillart de ce qui se passe au parlement. Le monde marche sur la tête et Louisa a la sienne a l’envers . Elle observe le monde changé. En bien en mal en autrement personne ne sait quelle tournure prendront les événements. En attendant, elle est collé à un type, couverte de poussière terreuse et d’épines et il faut rester aux aguets. Le son perçant et long du signal d’alerte retentit toujours. Un craquement de branches arrivent à leurs oreilles tendues. Regards. Silence. Elle

sent son coéquipier de tout son corps se serrer contre elle un peu plus. Le bruit de pas. Une voix : « par ici, j’en ai vu 2 s’enfuir ».

Une fourmi trace assidûment sa route, dévouée à sa mission. Elle commence à sentir avec ses

antennes une texture inconnue. Une planète à explorer !

Louisa sent un chatouillement sous son pied. Elle n’ose pas bouger un poil. Ils sont tout près.

La fourmi trottine allègrement sur la voûte plantaire. Louisa ne sait pas ce qui la gratouille. La

fourmi découvre un univers inconnu.Les pas s’éloignent. Les voix aussi. Louisa secoue un peu sa jambe. La fourmi mord pour ne pas tomber. Louisa étouffe un cri, ses mains serrées contre sa bouche. Lhomme sursaute. De nouveau

l’immobilité et le silence. Plus un pas. Pas une voix. La sirène s’est stoppée.

Ils se regardent soulagés. Se relèvent en s’ébrouant aider de leurs mains qui frottent vêtement et

peau frénétiquement. Une fois le dépoussiérage grossièrement réussi, rassurés par le silence, gênes de cette promiscuité intime, l’homme se présenta « je suis Orso, le cousin de Diana » « moi c’est Louisa une amie de Diana » « je sais » sourit Orso, elle m’a parlé de toi » Louisa se sent un peu

gênée car elle n’avait pas connaissance de ce cousin. Peu lui importe elle enchaîne « qu’est-ce qui se passe d’après toi? » « aucune idé” Et je ne sais pas quoi penser: retourner la bas ou partir à

l’opposé et voir plus loin si on observe quelque chose? Si on marche par ce sentier on arrive au port, “qu’en penses tu? » « allons au port, c’est un site stratégique, on y trouvera de l’aide j’espère»…

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